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CHRONIQUES DU XXIème SIÈCLE

CHRONIQUES DU XXIème SIÈCLE


Dossier spécial Complot – Partie 2 : le cas du 11 septembre 2001

Publié par Renaud Cadrot sur 14 Mars 2018, 22:18pm

Catégories : #Dossier Complot

Ce texte est la seconde partie d’un dossier consacré au complotisme. La partie précédente est disponible ici

 

 

 

 

La façon dont on raconte une histoire influe pour beaucoup sur l’interprétation que ses auditeurs en feront. Cela peut apparaître comme une bête évidence mais pourtant nous tombons tous très facilement dans ce piège du quotidien, rien que dans nos interactions. Combien de fois nous fions nous au témoignage de notre entourage pour nous figurer des situations auxquelles nous n’avons pas participé sans jamais remettre un seul instant en question l’objectivité de ce qui nous est décrit ? À combien de reprises jugeons-nous des personnes que nous ne connaissons pas en s’appuyant sur le portrait flatteur, détestable, mystérieux, etc, que nous dépeignent des gens en qui nous avons confiance ? Quand on sait que nos propres sens nous trompent régulièrement quant à la réalité d’un fait, imaginez à quel point il peut se trouver travestit quand tout ce qui vous lie à un autre fait c’est l’interprétation que vous partage une tierce personne.

 

 

Il en va de même pour toute information rapportée. Chaque fois que quelque chose se passe quelque part et qu’au moins un être humain en est témoin, ou dispose de preuves suffisantes pour affirmer qu’il s’est bien produit quelque chose, l’information peut être transmise à autrui. Le plus souvent, s’il existe une différence entre ce qui s’est produit et ce qu’on en retient, cela ne porte pas à conséquence. Si votre mère vous dit qu’il a plu la dernière fois qu’elle s’est baladée, alors qu’en réalité il a neigé, il y a peu de chances que cela pose problème à qui que ce soit à l’avenir. Mais imaginez seulement qu’on vous raconte qu’on a vu un de vos amis pousser violemment un vieillard dans la rue, qu’en penserez-vous ? Imaginez maintenant qu’un autre témoin de la scène vous détaille comment votre ami a héroïquement sauvé la vie d’un vieil homme en lui évitant de se faire renverser par une voiture…

 

 

Pensez à présent à la situation suivante : le 11 septembre 2001, l’Histoire imprime violemment son empreinte sur le jeune XXIème siècle. Sous les yeux d’une Amérique abasourdie et dans les télévisions du monde entier, s’effondrent les tours du World Trade Center après que deux avions s’y soient précédemment abattus. Le pentagone a subi le même sort tandis qu’un quatrième avion s’est écrasé en Pennsylvanie, au milieu d’un champ. Dans le chaos des minutes et des heures qui suivent la série d’attentats, alors que près de 3000 personnes viennent de périr dans des conditions insupportables, que la population alentour étouffe dans un brouillard de cendre et de fumée, que le traumatisme est pour tous encore prégnant et que même les plus hautes institutions du pays et la presse nationale demeurent perplexes face à l’ampleur de ce qui vient de se produire, beaucoup réagissent immédiatement à la mesure de ce qu’ils viennent de vivre.

 

 

 

 

Certains ont le sentiment que la guerre éclate en plein cœur de Manhattan, d’autres pensent que la ville s’effondre sous leurs yeux, quelques-uns en viennent même à croire que c’est l’apocalypse qui s’abat sur l’Amérique. Des milliers de personnes ont pensé mourir lors de cette funeste matinée du 11 septembre 2001. L’événement ayant un caractère à la fois unique en son genre, complètement inattendu pour la majorité et d’une violence inouïe, rares sont ceux qui sont parvenu à analyser la situation autrement que par le prisme d’une émotion qu’ils n’avaient pour la plupart jamais ressenti jusqu’alors. Il est probable que toutes les théories qui se sont développé et qui évoluent encore à ce jour autour des attentats du WTC et du Pentagone sont nées dans les premières heures qui les ont suivis.

 

 

Au-delà de l’effroi que cet événement à susciter chez une grosse majorité de la population mondiale, quelques premières questions sont spontanément apparu dans le débat public : comment un pays aussi puissant que les États-Unis, disposant d’un service de renseignements à la pointe, d’un système de sécurité toujours échaudé par une guerre froide pas si lointaine, s’est-elle laissé attaquer en plein cœur aussi facilement ? Comment des avions de ligne ont pu être ainsi détourné ? Comment une bande de va-nu-pieds armés de coupe-ongles sont-ils parvenus à tuer des milliers de personnes et effrayer le monde occidental pour des décennies entières ?

 

 

Très vite, quelques premières théories commencèrent à circuler sur l’internet encore balbutiant du début du millénaire. Et si le gouvernement n’était pas tout blanc dans cette histoire ? Et si l’histoire que l’on nous a racontée cachait quelques malversations crapuleuses ? Et si finalement ce que nous avons cru voir n’était qu’une vaste mise en scène savamment orchestré en coulisse ? Des témoignages abondent en ce sens. Ceux-ci ont entendu des explosions étranges avant que la première tour ne s’effondre, ceux-là ne sont pas certains d’avoir vu un avion s’écraser sur le Pentagone. Le manque d’informations autour de l’attentat interroge, l’entière adhésion des médias quant à la version étatique intrigue et l’histoire que l’on nous conte tout au bout d’une longue enquête laisse apparaître des trous qui ne peuvent être que la preuve d’une dissimulation volontaire de l’état par rapport à la réalité des faits.

 

 

 

 

Passé les premières suspicions imprécises mais tangibles, s’amassent les preuves qui confirment a minima la thèse d’une vérité alternative tandis que le nombre d’adhérents croît exponentiellement, même parmi les scientifiques, les personnalités politiques ou médiatiques. Les tours jumelles se sont effondrés bien trop vite et parfaitement pour qu’on y perçoit autre chose que la marque d’une destruction volontaire et contrôlée. Les pirates de l’air suspecté d’avoir pris le contrôle des 4 avions de ligne étaient trop peu expérimentés pour parvenir à les faire s’effondrer sur leurs cibles. Il est impossible que les voyageurs à bord des avions aient réussi à contacter leurs proches depuis leur téléphone portable de l’époque à une si haute altitude. De Loose Change à Le nouveau Pearl Harbor, les documentaires de plus en plus pointus qui soulèvent les lacunes de la version officielle récoltent des millions de vus sur internet et érodent efficacement les certitudes les moins bien enracinés d’un public peu ou mal informé sur le sujet.

 

 

La thèse du complot, un filon inépuisable

 

 

Tous ceux qui n’adhèrent pas au message véhiculé dans ces vidéos sont souvent considérés comme ignorants, imbéciles, soumis à l’autorité de l’État, complaisants vis-à-vis de ses malversations, pour ne pas dire complices. Quand les tenants de la thèse complotistes et tous leurs soutiens qui y adhèrent avec plus ou moins de force, se présentent comme une voix discordante (même dérangeante) étouffée par une majorité de citoyens aveugles, plusieurs statistiques tendent plutôt à conclure qu’une plus grosse proportion de la population croit davantage à la théorie du complot qu’en la version officielle1. Les debunkers qui essayent, non sans mal, de défaire les théories les plus alambiquées autour des attentats du 11 septembre, sont pointé du doigt comme de vulgaires pantins à la solde des élites, quand bien même leur analyse de la situation est plus fine et objective que leur version des faits. Dans l’un des plus fameux documentaires cité ci-dessus, les debunkers sont même ouvertement raillés malgré eux dans le but de montrer le peu de rigueur dont fait objet leur analyse.

 

 

L’interminable querelle qui confronte les tenants de la théorie du complot à ceux qui la rejettent rempli le web de sites internet, de forums, de podcast, vidéos d’analyse, de debunkages et de contre-debunkages. Pour rédiger cette chronique, je me suis penché sans parti pris sur les arguments de chaque parti. J’ai parcouru de nombreux articles sur la page française du projet ReOpen9112, ainsi que les échanges houleux qui s’éternisent dans les commentaires, j’ai regardé l’esprit ouvert les 4 quatre heures du fameux documentaire « le nouveau Pearl Harbor »3, présenté comme la synthèse du travail du collectif sur la page d’accueil du site. Celui-ci s’adresse directement aux debunkers qui regarderont la vidéo au travers d’une trentaine de questions censées les mettre en déroute. J’ai également lu la réponse que le debunker français, Jérôme Quirant, a rédigé à l’adresse du réalisateur du documentaire. Chaque point soulevé y est méthodiquement démonté sur un document d’une vingtaine de pages (document disponible ici). À la lumière de tous ces éléments, il m’est désormais plus facile de choisir mon camp et je conseille à chacun d’effectuer le même cheminement afin d’avoir suffisamment d’éléments en main pour en tirer les bonnes conclusions.

 

Mais puisqu’il est ici question de point de vue, tâchons de présenter la controverse autour du 11 septembre sous un autre jour. Deux pistes de questionnement :

 

1. Dans l’hypothèse où le gouvernement américain a effectivement fomenté un complot impliquant un faux attentat sur son sol et la mort de près de 3000 civils, était-ce ce qu’il y avait de mieux à faire ?

 

En effet, l’un des arguments récurrents des tenants de la thèse conspirationniste avance l’hypothèque que les attaques du 11 septembre 2001 ont permis, d’une part de réduire les libertés individuelles des civils américains, mais aussi de justifier un effort de guerre conséquent dans le but d’attaquer l’Afghanistan, puis l’Irak. À ce propos, l’exemple du mensonge autour des supposées armes de destruction massive cachées par Saddam Hussein est régulièrement mis en avant pour démontrer à quel point l’état américain use de la fourberie pour parvenir à ses fins. Mais l’argument se retourne contre ceux qui l’utilisent. En effet, comment expliquer qu’un gouvernement se soit à ce point compromis auprès des médias et de la communauté internationale avec une tentative de manipulation à ce point grotesque qu’elle n’a pas tenu plus de quelques jours, seulement deux ans après avoir organisé le coup monté le plus complexe de toute l’histoire de l’humanité ?

Un documentaire passionnant à propos des mensonges d'états américain dans le but de légitimer une intervention militaire en Irak en 2003

Mais surtout, quand on observe la situation du monde avant et après 2001, de quelle manière ont évolué les rapports de forces dans le monde à la suite des attentats, on constate assez rapidement que ces derniers ont sonné la fin du leadership américain datant de la fin de la guerre froide. En 2000, les USA sont considérés à juste titre comme les grands vainqueurs de l’histoire du XXème siècle. Son économie est luxuriante, sa réputation optimale, son armée surpuissante. En se faisant attaquer directement sur son sol, les USA vont démontrer que leur défense n’est pas si efficace qu’on l’imaginait. De plus, la révélation que les États-unis disposent d’un grand nombre d’adversaires va éclater au grand jour. En interne, le pays va connaître une récession économique certes sans conséquence à long terme mais malgré tout marquante. Ensuite, l’image du pays ne va faire que décliner dans l’opinion publique internationale du fait de ses interminables campagnes de guerres, ruineuses et vaines qui aujourd’hui encore n’ont pas trouvé dénouement positif.

 

 

En matière de politique intérieure, et quand bien même on estime que réduire les libertés individuelles des Américains était un souhait de l’administration au sein d’un pays qui a fait du concept de liberté son socle le plus solide, on ne peut pas affirmer que les attentats ont joué en faveur du peuple, des politiciens ou des industriels. Le climat de haine et de défiance à l’égard du monde extérieur, qui n’a fait que s’accroître depuis le début du siècle et qui était la conséquence la plus inévitable du traumatisme causé par les attentats, est directement responsable de l’élection de Donald Trump en 2016. Si on ajoute son antagoniste idéologique, Bernie Sanders, qui a participé lui aussi à bousculer l’élite politique rigide des partis traditionnels, comment expliquer qu’on ait permis la mise en place d’attentats qui allaient fatalement aboutir à la situation actuelle ?

 

 

2. Quitte à comploter dans le but de tromper le monde, pourquoi ne pas avoir usé d’une méthode plus simple et efficace ?

 

 

Du point de vue des tenants de la thèse conspirationnistes, le scénario des attentats démontre qu’il a été orchestré en amont. Mais comment valider l’hypothèse d’une élite qui a sciemment mis à mort près de 3000 civils américains innocents, démoli un patrimoine aussi symbolique qu’extrêmement coûteux, ainsi que partiellement détruit l’incarnation de la toute-puissance américaine ? Comment croire qu’elle ait planifié un scénario impliquant des avions de ligne chargés de passagers, habillement échangé avec des drones géants, mais aussi des explosifs placés à l’abri des regards en plein cœur de Manhattan, avec le concours de personnages fictifs brandis comme responsables des attentats, et bien sûr la complicité d’au moins une centaine de personnes tenues depuis au silence le plus complet ? Sachant qu’en plus le plan était imparfait puisque des milliers de personnes ont depuis décelé des dizaines de preuves de la responsabilité américaine des attentats… Soit comment préparer l’invraisemblable mais omettre le plus évident…

 

 

On peut se demander s’il eut été possible d’imaginer un plan aussi sournois mais bien plus simple à mettre en place tout en réduisant au minimum le risque de se faire prendre la main dans le sac. Faire exploser quelques bombes dans des lieux stratégiques, ou même directement envoyer quelques suicidaires en plein centre de Manhattan à une heure de forte affluence munis d’explosifs qu’on aurait éventuellement activés à distance. On peut même parier que l’opinion publique ait accepté les mêmes conditions que celles qui ont suivi les attentats pour moins de morts et de cendres que ça. Les dizaines d’autres attentats qui sont régulièrement commis depuis partout dans le monde démontrent que le bas peuple n’a pas besoin qu’on tue 3000 innocents pour se ranger derrière son gouvernement.

 

 

Dès lors que penser de l’incapacité (pour ne pas dire incompétence) et de l’élite politique et militaire américaine à éviter le pire attentat terroriste de l’histoire humaine ? La version officielle révèle plusieurs lacunes évidentes dans la chaîne de commandement, des voix non entendues, des décisions aux conséquences fâcheuses. Finalement ce sont les tenants de la théorie du complot qui croyaient le plus aux compétences de l’état-major américain puisqu’ils préfèrent voir dans leurs erreurs un choix volontaire…

 

 

En 2009, Wikileaks, le site qui a diffusé au grand public des millions de documents compromettants pour les plus hautes instances américaines, a dévoilé plus de 500000 textos envoyés via des bipeurs (ancêtre du téléphone mobile) depuis le sol américain le 11 septembre 2001 par de simples citoyens, mais aussi des policiers en fonction, des services d’urgence et même des agents fédéraux4. Grâce à cette colossale manne d’information, il est possible de retracer seconde par seconde les effets des attentats sur la population, les réactions, les échanges de centaines de milliers de personnes. Pourtant, aucun message ne laisse apparaître ne serait-ce qu’un indice allant dans le sens de la thèse conspirationniste.

 

 

Mieux. Lorsque le lanceur d’alerte Edward Snowden a révélé l’existence du système Prism et la surveillance de masse de la NSA jusqu’à la mise sur écoute des institutions européennes5, on pouvait s’attendre à ce que ce nouvel ennemi du pouvoir américain ait quelques informations savoureuses à nous apprendre à propos des attentats. Dans le cadre d’une interview diffusée sur la NBC, Snowden a dévoilé que les services de renseignements américains avaient bien eu vent d’une possible attaque avant septembre 2001 mais n’avaient pas été en mesure d’exploiter les informations collectées afin de l’empêcher6. Mais là encore, aucune révélation en mesure de confirmer la thèse du complot.

 

 

Ni Julian Assange, cofondateur de Wikileaks, ni Edward Snowden, exilé depuis 2013 en Russie, ne sont connus pour être franchement proches du pouvoir. Ils incarnent même ce que les autorités américaines redoutent de pire. Si l’un ou l’autre avait détenu la preuve formelle d’un quelconque mensonge quant à la réalité des attentats du 11 septembre 2001, nul doute qu’il n’aurait eu aucun remords à balancer le scoop à la face du monde. Mais Julian Assange a lui-même affirmé tout le mal qu’il pensait des thèses conspirationnistes circulants sur ReOpen911 et consorts :

 

 

 

 

« Les réelles conspirations » feront justement l’objet d’une future chronique pour compléter ce triptyque complotiste. Rendez-vous d’ici quelques semaines pour la conclusion de ce dossier...

 

 

 

1- Le fameux site ReOpen911 a d’ailleurs commandé une enquête à un institut de sondage qui affirme que 56 % des Français ne croient pas à la version officielle. Il faut croire que la majorité est une vertu seulement quand elle est de notre côté...

 

2- Le site français de ReOpen911 : http://www.reopen911.info/

 

3- Le nouveau Pearl Harbor : https://www.youtube.com/watch?v=JcpzF9ixakc

 

4- http://www.lefigaro.fr/international/2009/11/26/01003-20091126ARTFIG00589-un-demi-million-de-messages-du-11-septembre-devoiles-.php

 

5- http://www.lemonde.fr/technologies/article/2013/07/02/prism-snowden-surveillance-de-la-nsa-tout-comprendre-en-6-etapes_3437984_651865.html

 

6- http://bugbrother.blog.lemonde.fr/2014/06/01/la-nsa-aurait-pu-empecher-les-attentats-du-11-septembre-2001-deplorent-snowden-et-4-autres-lanceurs-dalerte/

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